Sur la piste, un 800 m est une affaire personnelle. En cross, jamais : à chaque course, les places
des premiers du club sont additionnées, et c’est le plus petit total qui gagne. Une équipe ne
vaut donc pas ce que vaut son meilleur coureur — elle vaut ce que valent les siens ensemble.
Et comme on additionne des places, celui qui en remonte trois dans la dernière côte fait baisser le
total exactement autant que celui qui est devant. C’est pour ça qu’une arrivée de cross ressemble à
ce qu’elle est : on compte, on s’embrasse, et on attend les suivants.
Beaucoup disent du cross que c’est l’école de la vie, et ils n’ont pas tort. Il fait froid, le
terrain est mauvais, la côte revient à chaque tour, et personne ne peut courir à votre place. On y
apprend à partir prudemment, à tenir quand c’est long, à aller chercher celui de devant — et à
finir, surtout les jours où l’on n’avait pas envie de commencer.
Les enfants, eux, retiennent autre chose : qu’on porte le même maillot, qu’on part à dix dans la
même voiture, et qu’on monte sur le podium à quinze.